SPBT - Carmen

 St Petersburg Ballet Theatre - Irina Kolesnikova dans Her Name Was Carmen. © Emma Kauldhar.
St Petersburg Ballet Theatre
Her Name Was Carmen (Elle s'appelait Carmen) - Coliseum de Londres

Le St Petersburg Ballet Theatre et son étoile Irina Kolesnikova, sont connus pour leurs grandes productions traditionnelles et conventionnelles, qui tournent dans le monde entier, telles que Le Lac des Cygnes, Giselle et La Bayadère. Il est donc d’abord surprenant qu'ils aient commissionné une création, mais surtout qu’ils profitent de l'occasion pour se pencher sur la crise des réfugiés Syriens, en abordant le trafic d’êtres humains et la Mafia, c'est tout à fait inattendu! Cependant, malgré toutes les bonnes intentions dont je ne doute pas, d'un point de vue purement artistique et théâtral, Her Name Was Carmen était un vrai chantier.

St Petersburg Ballet Theatre dans Her Name Was Carmen. © Emma Kauldhar.

Oublions toute comparaison avec l'opéra d’origine – les seuls vestiges consistent en quelques noms de personnages et un arrangement orchestré de la partition de Bizet. Dans cette version, l'histoire se déroule au XXIème siècle, dans un camp des réfugiés Balkans fuyant la guerre en Syrie. Carmen, enfant gâtée et riche, s’introduit dans le camp afin d’échapper aux griffes de Garcia, un gangster qui a déjà assassiné ses parents. Là, elle tombe amoureuse de Jose, un policier. Elle ne le sait pas encore, mais Garcia est le chef d'une organisation de trafic d’êtres humains dans le camp. Il finit par la retrouver et la tragédie s’ensuit. Les complexités morales du livret, en plus du harcèlement psycho-sexuel de Garcia et de l’histoire en aparté d’une fillette à la recherche de sa mère, auraient dû arracher les larmes du public... mais, bof.

Les décors de Vladimir Firer illustraient brillamment la dichotomie au cœur de la production. Sur tout le fond de scène, on pouvait voir à travers un grillage des images enregistrées du ciel, rendant la sensation d'enfermement palpable. Malheureusement, cet effet était un peu gâché par une série d'arches fluorescentes qui donnaient plutôt l'impression d’une discothèque bas de gamme des années 80.

St Petersburg Ballet Theatre dans Her Name Was Carmen. © Emma Kauldhar.

Les costumes eux non plus n'aidaient pas vraiment à donner du sens à l’atmosphère et au lieu. En partant du principe que les réfugiés étaient Syriens et donc probablement essentiellement musulmans, il pouvait paraître inapproprié de voir les danseuses en débardeur et mini jupe, et  encore moins en pantalon coupé le long des cuisses laissant voir les sous-vêtements. De plus, les policiers portaient des hauts comparables à des blousons de baseball avec une énorme lettre P imprimée dessus, tandis que les policières portaient un T-shirt moulant qui ne laissait rien à l'imagination. Cela n’avait rien de réaliste, on aurait plutôt dit un maladroit épisode sexy de Glee.

La chorégraphie d'Olga Kostel était pleine de clichés. Pour sa première grande variation (sur la fameuse habañera) Carmen tenait une pomme afin de souligner son coté tentatrice, et dans le pas de deux où elle se confronte à Garcia ils jouent au toréador avec les volants rouges de sa jupe au lieu d'une cape. Il n’y avait donc pas grand-chose de mémorable, mais plutôt des moments d'ensemble sans originalité et un tas de portés et roulades banals.

St Petersburg Ballet Theatre dans Her Name Was Carmen. © Emma Kauldhar.

Reconnaissons que Kolesnikova jouait une Carmen convaincante, sensuelle mais peu profonde. Malheureusement, c'est le coté sur-joué à l'extrême qui a vraiment achevé le spectacle. Et pire que ça, ils sur-jouaient de plus en plus au fur et à mesure. Ce qui aurait dû être un final plein d'émotion devenait une démonstration ridicule de mimiques et gesticulations qui auraient même embarrassé Mr Bean. Et lorsqu’on ne s'attendait plus rien, Carmen n'en finissait plus de mourir : une fois poignardée, elle dansait encore un pas de deux avec Jose pendant dix minutes, sans que ni elle, ni lui, ni la foule de figurants n’éprouvent le besoin d’appeler un médecin à l’aide.

C'était décevant. Il n'y a aucune raison de ne pas mélanger ballet et politique, donc je donne 20 sur 20 à la compagnie pour ce choix de sujet pertinent, mais -10 000 pour l'exécution. Sur une note plus positive, on reverse £1 par billet vendu pour Her Name Was Carmen à Oxfam pour l’aide aux réfugiés, alors espérons qu’il y ait au moins une bonne chose qui ressorte de cette production.

Gerard Davis