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Le Royal Ballet en The Dream. © Emma Kauldhar par courtoisie de la ROH

Le Royal Ballet à New York

Après une absence de onze ans, le Royal Ballet faisait son retour en juin à New York. Bien que les liens entre la compagnie et la ville se soient distendus depuis les années 1970, les échanges se poursuivent sur le plan chorégraphique, de Christopher Wheeldon à Liam Scarlett, récemment invité au New York City Ballet et à l’ABT, et la création britannique était à l’honneur tout au long de cette tournée. Le premier programme rapprochait deux œuvres parmi les plus célèbres des figures tutélaires de l’école anglaise, Frederick Ashton et Kenneth MacMillan. Si The Dream, la version condensée du Songe d’une nuit d’été que le premier avait imaginé en 1964, est bien connu de New York, l’ABT le programmant régulièrement, le minimalisme d’inspiration allemande du Chant de la terre de MacMillan a semblé à l’inverse dérouter le public local. Natalia Osipova (Titania) déploie beaucoup de force dans The Dream, mais le reste de la compagnie se joue avec esprit des petits pas scintillants d’Ashton et s’est par ailleurs investie dans Le Chant de la terre, infiniment mieux rendu qu’en mars à Londres. Laura Morera et Edward Watson y sont pour beaucoup, l’une touchante de simplicité, l’autre unique et inquiétant en Messager de la Mort. Le Royal Ballet avec Edward Watson en Le Chant de la terre. © Emma Kauldhar Par courtoisie de la ROH Le deuxième programme a concentré les critiques, à juste titre. À trop vouloir mettre en valeur des chorégraphes « maison », Kevin O’Hare, le directeur de la compagnie, a réuni des œuvres de qualité inégale. Si Infra, malgré ses détracteurs, reste l’un des meilleurs ballets de Wayne McGregor, magnifiquement servi par la première distribution, les faiblesses de The Age of Anxiety de Liam Scarlett étaient aussi évidentes qu’à la création à l’automne dernier. Ce ballet narratif se perd dans les méandres de la symphonie éponyme de Leonard Bernstein, malgré une scène d’ouverture efficace située dans un bar américain, à la manière de Fancy Free de Jerome Robbins. Les personnages pèchent souvent par excès de naïveté, du séducteur joué par Steven McRae, qui harcèle une demoiselle de passage, au héros homosexuel de Tristan Dyer, qui passe en un éclair de la déception amoureuse à l’extase face aux gratte-ciels new-yorkais. Le divertissement proposé en guise de transition s’est quant à lui avéré anecdotique, de solos purement démonstratifs – une Mort du Cygne maladroitement revisitée par Calvin Richardson, Borrowed Light d’Alastair Marriott – en pas de deux qui souffraient du format, comme Carousel de MacMillan, créé pour le théâtre et d’une misogynie notable hors contexte. Les tournées permettent aussi de confronter une compagnie à d’autres perspectives ; celle du Royal Ballet n’a pas dérogé à la règle.

Laura Cappelle