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Golden Hours de Anne Teresa de Keersmaeker. Photo: Anna Van Aerschot

Golden Hours (As you like it) Anne Teresa de Keersmaeker

Théâtre de la Ville, Paris

La scène ouvre sur la distribution entière marchant à l'unisson sur l'incontournable Golden Hours de Brian Eno. Le grand plateau semble plein de potentiel et de poésie dans ce moment de pas décomposés et recomposés, ponctués de rythmes et des pauses. Ce freeze, souvent au ralenti, nous permet d'identifier et d'apprécier les singularités des danseurs pendant que la chanson se répète. La musique se termine, les danseurs se répartissent sur le plateau, et à partir d'ici la poésie devient moins évidente. Golden Hours de Anne Teresa de Keersmaeker. Photo: Anna Van Aerschot Cette pièce est ambivalente, Keersmaeker a basé sa chorégraphie sur le texte 'Comme il vous plaira' de Shakespeare, mais le lien avec le Golden Hours d'Eno semble très déconnecté. Son point de départ est un beau concept, transposer les mots en mouvement. Ou comment incorporer la prose dans les pas, les mouvements, les états du corps… surtout avec une langue aussi riche que celle de Shakespeare. Mais la chorégraphie a du mal à s'établir, elle tourne en rond par son absence d’éloquence. Les 'dialogues' entre les danseurs sont engagés mais négligent le contexte émotionnel, par conséquent le langage corporel se montre assez superficiel. La danse manque de cœur pour faire vivre cette histoire, et l'essentiel du symbolisme utilisé est difficile à discerner aux yeux du public ; cela aurait pu s'apparenter à une sorte de 'lost in translation'. Les 2h15 de spectacle (sans entracte) étaient principalement réalisées en silence, et ce manque de son devenait pesant. Le choix des costumes (Anne-Catherine Kunz) et lumières (Luc Schaltin) très minimalistes sur une scène mise à nue ajoutaient à ce vide. Rarement ai-je vu tant de spectateurs quitter la salle au cours du spectacle, mais cette œuvre n'était clairement pas destinée aux non-initiés. Golden Hours de Anne Teresa de Keersmaeker. Photo: Anna Van Aerschot De beaux moments ont tout de même eu lieu, plus particulièrement en s'approchant de la fin. La complexité des relations entre les personnages offrait des possibilités d'interactions intéressantes, notamment pour le danseur Aron Blom dans le rôle de Rosalind. Mais ces moments étaient trop dilués dans l'ensemble de la pièce. Cette œuvre possède de bons arguments, des interrogations de fond et un niveau de recherche certain, mais le résultat manque de concret et de tangible.

Oli Speers