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Cedar Lake - Raymond Pinto, Joaquim de Santana et Guillaume Queau dans My Generation. © Juliet Cervantes.

L’adieu à Cedar Lake

Aux Etats-Unis, l’incompréhension qui a salué l’annonce en mars de la dissolution de Cedar Lake Contemporary Ballet est à la mesure de la déception suscitée. La petite compagnie financée par l’une des héritières de l’empire Walmart, Nancy Laurie, avait été reçue avec circonspection à sa création en 2003, mais a réussi à se forger en l’espace de quelques années une réputation artistique impeccable sous la direction du Français Benoit-Swan Pouffer, parti en 2014. Cedar Lake a dit adieu à son public new-yorkais début juin avec une dernière série de spectacles à la Brooklyn Academy of Music, dont la qualité n’a fait que renforcer l’impression de gâchis. Le répertoire éclectique d’influence européenne de la compagnie, d’Hofesh Shechter à Alexander Ekman ou Sidi Larbi Cherkaoui, reste sans équivalent aux Etats-Unis, et les trois pièces présentées lors de la dernière mettaient en valeur la diversité des interprètes et leur sens du mouvement, puissant et précis, salué dans le monde entier. Indigo Rose de Jiří Kylián, créé en 1998 pour le NDT II, associe en vrac pas de deux à l’érotisme velouté, bien servis par les corps contemporains de Cedar Lake, et jeux visuels. Ten Duets on a Theme of Rescue, chorégraphié par Crystal Pite sur la BO du film Solaris, mêle ses cinq danseurs au gré de rencontres qui subvertissent les codes du genre et initient de nouvelles dynamiques entre hommes ou entre femmes ; la renommée grandissante de la chorégraphe canadienne suffit à montrer le flair de Cedar Lake, où elle était en résidence. Cedar Lake - Ebpny Williams et Joaquim de Santana dans My Generation. © Juliet Cervantes. Quant à Necessity, Again de Jo Strømgren, sa théâtralité montre une autre facette de la troupe, historiquement peu représentée aux Etats-Unis. Sur des chansons de Charles Aznavour entrecoupés d’un enregistrement de Derrida, des situations étranges et souvent drôles, croquées avec précision, se succèdent sur une scène couverte de petits papiers. Une fois le rideau tombé, Alexandra Damiani, qui a succédé en tant que directrice à B.-S. Pouffer, a pris le micro avant de laisser la place à ses seize danseurs pour une dernière danse : Echad Mi Yodea, tirée de Minus 16 d’Ohad Naharin. Avec ses sombres men in black en demi-cercle, pris pour cible de manière répétée, l’image était appropriée ; une ovation a salué les interprètes, dont plusieurs avaient du mal à retenir leurs larmes. Ils devraient rapidement retomber sur leurs pieds, mais le mystère qui entoure cette fin abrupte subsiste.

Laura Cappelle