RevFR_ABT_75thanniversarygala

Julie Kent et Marcelo Gomes dans Manon pas de deux. © Gene Schiavone.

L’ABT fête son 75e anniversaire avec La Belle au bois dormant

Quelle est la marque de fabrique de l’American Ballet Theatre ? À l’heure où la compagnie fête ses 75 ans d’existence, la question plane sur sa saison de printemps au Metropolitan Opera, dominée par les grands classiques du XIXe siècle. Le Gala d’anniversaire du 18 mai réunissait sur scène, au pas de course, 23 extraits de ballets ayant marqué les différentes époques que la compagnie, longtemps menée par Lucia Chase, a traversées. D’Agnes de Mille à Jerome Robbins, elle a relu à ses débuts la théâtralité néoclassique au prisme de l’imaginaire américain ; l’arrivée de Mikhaïl Baryshnikov a ensuite coïncidé avec celle des ballets de Petipa et de Twyla Tharp (représentée par Push Comes To Shove, brillamment interprété par Herman Cornejo). Au milieu des variations extraites de Giselle ou du Corsaire, Alexeï Ratmansky, chorégraphe en résidence, semblait seul imprimer sa patte au répertoire actuel de l’ABT, peu aventureux. Alumni Paul Sutherland, Ruth Ann Koesun et Edward Verso. © Gene Schiavone. Et c’est Ratmansky qui lui a donné sa seule première de la saison, une reconstruction de La Belle au bois dormant à partir de la notation Stepanov du ballet, conservée à Harvard. Si La Belle confronte la compagnie américaine à une histoire qui n’est pas la sienne, cette luxueuse production la distingue sur le plan international, et exhume des détails oubliés. Les décors et costumes de Richard Hudson, inspirés par ceux de Léon Bakst pour les Ballets Russes en 1921, alternent le pire et le meilleur, mais la mise en scène est pleine de grâce. Ratmansky a tenté de restaurer le style de Petipa, moins démonstratif que la danse actuelle et sans levers de jambe ; le résultat est souvent délicieux de fluidité et de légèreté, et malgré un certain désordre au sein du corps de ballet, révèle de jeunes talents tels que Skylar Brandt et Cassandra Trenary. Reste la question de la signification de La Belle, ce sommet du classicisme. Ratmansky renvoie le ballet à sa dimension de conte de fées, un choix qui donne plus de chaleur aux personnages mais limite à première vue leur impact symbolique. Carabosse est invitée au mariage final et l’altruisme triomphe, au prix d’une naïveté parfois excessive dans le mime. L’Aurore de Petipa s’est réveillée de son long sommeil, mais d’autres, à Paris ou à Londres, peuvent lui faire concurrence sans rougir.

Laura Cappelle