FR_Kylian

 Opéra de Paris - Tar and Feathers de Jirí Kylián. © Emma Kauldhar.

Jirí Kylián
Tar and Feathers / Bella Figura / Symphony of Psalms
Opéra de Paris, Palais Garnier

 


Aurélie Dupont aura donc choisi de remplacer la soirée Tudor/Millepied par un programme Kylián. Millepied aurait annoncé ne pas pouvoir assurer sa nouvelle création. Dommage. Chorégraphe plus axé sur l’abstraction, on aurait aimé découvrir ce qu’il avait imaginé faire autour de la célébrissime chanteuse Barbara. Et puis, le célèbre Tudor reste largement méconnu en France. On ne présente en revanche plus Kylián, habitué de ces lieux. Ni Bella Figura, œuvre phare du maitre Tchèque, qui ouvrait cette soirée. Pièce funambule, quasi somnambule, Bella Figura est un rêve éveillé qu’un seul faux pas suffirait à briser. Mais les danseurs de l’opéra sont suffisamment experts en cette matière des songes pour faire vivre le rêve sans écueil. En apesanteur dans les lourds replis de velours d’un rideau de scène, Eva Grinsztajn est fabuleuse. 

 Opéra de Paris - Bella Fugura de Jirí Kylián. © Emma Kauldhar.

Couvrant trente ans de création, cette soirée nous permit de découvrir, un rien déconcertés, une œuvre de 2006 qui vient avec ce programme s’ajouter au répertoire de l’Opéra. Tar and Feathers, faisant allusion au supplice du goudron et des plumes tente le thème du choix pour l’homme de la pesanteur ou de la légèreté abordé par l’auteur tchèque Milan Kundera. On chavire ici d’apesanteur (un piano juché sur de hautes pattes fragiles), des postures graves des danseurs à un mini carnaval impromptu et grotesque qui fait peu de sens et invite à la morosité. 

 Opéra de Paris - Symphonie de Psaumes de Jirí Kylián. © Emma Kauldhar.

Une touche résolument surréaliste dans une œuvre souvent de soie, songeuse; ou délibérément dramatique et quelque peu charnelle, telle la toute dernière pièce, une des premières œuvres du maitre, Symphonie des Psaumes, datant de 1978 sur une musique de Stravinsky. Y flotte un parfum d’Orient par le biais d’un patchwork de tapis rougeoyants. Musique, choeurs et scénographie rappellent Les Noces. Les femmes y font le dos rond ou ouvrent grands les bras ou volent dans les bras des hommes comme poupées de chiffon. Une œuvre un peu trop grandiose et sombre à l’instar des deux premières et qui nous laisse de cette soirée alourdie par deux entractes et malgré le raffinement des pas du chorégraphe, une légère impression de pesanteur. 

François Fargue